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huberleconte
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Hubert LECONTE, écrivain, conférencier, auteur dramatique.
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07.02.2007
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06.12.2007
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Un coup de coeur

Un coup de coeur

Posté le 26.09.2007 par huberleconte

J’ai vécu un grand moment de mémoire dans le Queyras à l’occasion de la manifestation « Retour en Queyras N° 2 » Les 6-7-8 septembre 2007
De nombreux visiteurs vde France et de l’étranger sont venus se ressourcer dans ces montagnes qui ne laissent pas indifférent.
Le spectacle son et lumière, le feu d’artifice sont venus ponctuer cette manifestation internationale et hors normes.
J’offre à tous ces visiteurs qui me l’ont demandé le texte autour duquel s’articulait le spectacle. Je dois un fraternel salut d’artiste au metteur en scène, aux spécialistes des lumières et à tous ces bénévoles, qui sont venus chanter, danser, jouer, mimer, dans une ambiance festive devant plusieurs milliers de spectateurs.
Pour eux tous ce poème que je dédie à la mémoire de tous ceux qui ont fait ce pays.
Hubert LECONTE



Bergers des hauts pâturages, promeneurs et poètes,
Je vous raconterai mon histoire et ma quête.
Mes joies et mes peines, mes deuils et mes regrets
Car je suis le Queyras des temps immémoriaux,
De la terre des ancêtres et celle du renouveau.
Je vous dirai mon passé, j’ouvrirai ma mémoire
Des temps de l’indigence, de misère et d’espoir.
Je chanterai toujours comme le troubadour,
Le père suant, soufflant, courbé sur l’andain,
Le fils sur les alpages à trousser le regain.
Je suis le Queyras de dur labeur et de pain quotidien.

J’évoquerai pour vous le montagnard et ses projets,
Inondé de sueur à gratter mes sommets
Et mes terres infécondes pour sa maigre pitance.
Les colères du gros temps et de peu d’abondance.
Alors, j’ai vu partir mes fils, j’ai pleuré leur absence.
Mais je suis le Queyras qu’ils n’ont pas oublié,
Parce que je n’avais rien et que j’ai tout donné.
Je suis leur vieux Queyras, des nostalgies lointaines,
Du retour au pays et des trop lourdes peines.

Je vous dirai aussi la soldatesque et la mitraille,
Les hordes barbares et la sombre canaille,
Le feu dans ma maison et la rage aux entrailles.
Je vous raconterai la fin des huguenots
Et les barbets vengeurs, sur la terre des dévots.
Je vous parlerai des suppôts d’inquisition,
De L’intolérance et ses bûchers, de Catinat et ses dragons
Et d’un roi qui renia le pacte de ses pères
Et jeta mes enfants dans la fureur des guerres.
J’ai souffert en 14/18 et j’ai connu celle de quarante
Les hommes de courage, ma vallée résistante
Les héros anonymes qui, pour ma liberté,
Ont sacrifié leurs vies et leurs belles années.
Je garde au cœur blessé, mes villages meurtris,
Les familles bannies si loin de leur pays.
Et je garde en mémoire, le chant des partisans
Lorsque le canon tonne sur nos berceaux d’enfants.
Car je suis le Queyras épris de liberté,
Je vous montrerai mes sentinelles de pierres
Penchées sur mes vallées, du Grand Maître Vauban
Gardiennes des frontières à l’épreuve du temps,
Des hommes indépendants, entreprenants et fiers,
Inventeurs de républiques, unies et solidaires
Car Je suis le Queyras des « Escartons » d’hier.

Je suis le Queyras des feux de la Saint Jean,
Et des cadrans solaires qui mesurent le temps,
De la grande lumière et des amours naissants,
Je suis dans le soleil, dans le feu des passions,
Comme le sang qui bout, la terre en gestation.
Le printemps qui succède à la morte saison.
Mais nombreuses mes filles, ont quitté mes alpages
Pour aller vivre ailleurs, vers d’autres paysages.
Privées de leurs racines, de leurs amis, de mes fontaines
De tout ce qui faisait leur richesse et la mienne.
Elles ont pris leur envol, leur liberté, leur choix de vie,
Un emploi garanti, un projet, une envie.
Avec au cœur brisé, un rien de nostalgie,
Un désir de retour, vers leurs sources de vie.
Elles reviendront un jour sur mes sentiers et mes chemins,
Je suis le Queyras ouvert aux femmes de demain.

IV La dureté des temps, la violence des éléments

Je suis le Queyras du Cristillan, des eaux vives du Guil,
Des cascades incrustées et des torrents agiles.
Je peux vous dire encore la fureur de l’orage,
Qui engravait mes terres, noyait mes pâturages,
Mes maisons, mes brebis, mes troupeaux, mes chalets.
C’était en cinquante sept au cœur du bel été.
Il ne resta plus rien de mes repères anciens.
Mes routes et mes ponts, mes sentiers, mes chemins
S’en allaient à Vau-l’eau au-delà de la combe,
J’étais à l’agonie comme chair moribonde.
C’était en cinquante sept, au cœur d’un triste été.
Car Je suis le Queyras des eaux déchaînées.
J’ai connu, en ces heures de détresse profonde,
Des hommes venus d’ailleurs, la solidarité féconde.
Une pelle à la main, le cœur en bandoulière,
Ils m’ont sauvé du pire, du désespoir, de la colère.
Je te dois ma survie, O France solidaire.
Amis de nos provinces, Vous êtes ici chez vous,
Dans mes hautes vallées, je vous donne rendez-vous,
Je vous offre mes bois de mélèzes, mes prairies et mes fleurs.
Je suis l’éternel ami des hommes de courage et de cœur.
La rivière en furie emporta dans ses flots,
Les interdits, les tabous, la paille de mes sabots.
Queyras agonisant d’hier mais toujours renaissant.
Au-delà des violences, de la misère, du gros temps,
Sans mesurer ma peine, ni compter mes heures pleines,
De la pointe du jour à la veillée sereine.
Je travaille à construire de plus beaux lendemains
bravant le vent, les tempêtes, et le soleil d’airain
je suis immuable, indestructible, fataliste et serein.
Car l’air de mes montagnes est si pur que parfois
Je me dis que le sage ne peut perdre la foi.
Ma montagne est si belle lorsque l’air de juillet
Fait frémir les prairies sur le flanc des adrets,
Lorsque, dans mes villages les coqs de mes clochers
Avec insolence parfois picorent la voie lactée.
Je suis le Queyras des beautés éternelles,
Comme la neige des sommets, le vol des bartavelles,
Du chamois en éveil, du chasseur à l’affût,
Durant de longues heures sur le rocher abrupt.
Duel de titans et que le meilleur gagne
Lorsque la balle sonne au cœur de la montagne.
Je suis le Queyras des mystères de la foi,
Celle des missions, des secrets d’autrefois,
Des herbes salutaires, des sorcières maléfiques,
Celui d’un dieu sauveur, des prières bénéfiques.
Je vous décompterai les heures à mon cadran,
La sentence du jour, la sagesse d’antan.
« vante bien la prairie, tiens-toi dans la montagne »
car, à la fin des temps c’est encore elle qui gagne »


Moi le berger, le troubadour, j’ai entendu ton chant
Et je voudrais dire à mon tour ma complainte.
Sans prétention aucune elle est d’amour tout simple.
Je vais, je viens, je parle à l’oiseau sur sa branche,
Aux arbres et aux enfants, aux cloches du dimanche,
Tout ce qui vit, vibre et respire, partage mes silences,
Je conduis sur tes terres, les troupeaux de Provence,
Les brebis de Camargue en longues transhumances.
Sur tes terres, Queyras, je chante mon bonheur et ma joie,
Merci pour ce que tu donnes et ce que je reçois.
A te voir chaque jour, j’ai compris tes messages,
Je sais voir le gros temps, pressentir un orage,
Protéger mes agneaux, fabriquer mes fromages,
Je suis le berger des très hauts pâturages.
Aussi dur qu’un rocher, plus léger qu’un nuage,
Pleins de rêves enchantés que les mots imparfaits,
Ne peuvent expliquer sans trahir un secret.
Pourrais-je écrire un jour, d’une plume assurée,
Les nuits criblées d’étoiles, la blancheur des névés,
Et ces mille et un bruits que le vent me rapporte
Le filet d’eau qui coule, le sifflet des marmottes,
Qui me disent à l’oreille, que le temps du clocher,
Se fige en belles heures chargées d’éternité.
Je suis le berger des très hauts pâturages,
Celui que l’on voit peu, au cœur de vos villages.
Comme l’aigle sur son aire et l’oiseau de passage.
Je suis libre, comme le vent dans les mélèzes,
Seul, pauvre et fourbu, mais content et à l’aise.
Au revoir mon ami et au revoir mon frère,
Queyras d’aujourd’hui et Queyras d’hier.

Salut à toi, berger des basses plaines,
Que ta lourde besace, de souvenirs soit pleine.
Que le chant des oiseaux, le parfum de mes fleurs,
Embellissent ta vie, enrichissent ton cœur.
Que tu saches donner autour de toi l’amour.
Et souviens-toi de moi, chaque heure de chaque jour,
Reviens quand tu voudras sur mes prairies d’alpage
Je suis ton ami de toujours, un vieux sage.

Ce soir je serai le Queyras de la grande occasion,
Du retour de l’enfant dans sa vieille maison.
Et toi, que l’amour a conduit jusqu’à moi,
Viens dans mes vallées tu trouveras un toit,
Car tu es ma fille, mon fils, mon enfant,
Venus d’ailleurs, sans doute, rêveurs impénitents,
Arpenteurs de sentiers ou simples estivants,
Que le vent de l’été caresse vos visages,
Que l’amour vous retienne au cœur de mes villages,
Et je vous donnerai mes plus beaux paysages,
Des soleils couchants sur les cimes de brume
Les fureurs de l’autan, la pâleur de mes lunes.
Je suis le Queyras qui remercie, tous ceux,
Amoureux du terroir, bénévoles précieux,
Etranger que le destin a poussé vers mes portes,
Enfants du retour et tous ceux que j’adopte,
Qui ont sur mes sommets balisés mes sentiers,
Découverts mes trésors et les ont magnifié,
Reconstruit mes écoles, développé mes stations,
Redressé les vieux bourgs, relevé mes maisons.
Je suis le Queyras du progrès et de l’évolution.

Alors pour vous ce soir, parents, amis fidèles,
Que le château Queyras allume ses chandelles,
Que des fusées de joie éclairent la voûte bleue
Et pour longtemps encore, brille de tous ses feux.
Que ce soir s’enflamment les lampions,
Ma table vous êtes ouverte, en joyeux tabellion.
Rions ensemble, rêvons aussi d’un monde apaisé,
Où l’homme de violence, l’éternel guerrier,
Poserait son fusil, parlerait d’amitié,
Respecterait l’enfant, la fleur et l’épervier.
Je voudrais, du fond du cœur, vous dire,
Que je suis fier de mon passé, confiant dans l’avenir,
Ecrire, à tout jamais sur mes neiges éternelles,
Que je suis le Queyras des amitiés fidèles

Fin
Copyright Hubert LECONTE






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